L’artiste s’est positionné dans les jardins du Trocadéro qui dominent tout Paris. Le panorama est large, calé à gauche par la haute silhouette de l’Éléphant de Frémiet, souvenir de l’exposition universelle de 1878, et à droite par la Tour Eiffel. En contrebas, la courbe de la Seine, jalonnée par ses ponts, conduit le regard à travers la ville. On distingue Montmartre à l’horizon à gauche et le dôme des Invalides, écrasé par le Tour Eiffel. Ces quelques éléments résument Paris et campent le décor. Le reste de la ville, plongé dans l’obscurité de la nuit est esquissé en quelques traits plus ou moins épais sur de grands aplats de trois nuances de gris-bleu. Si l’on s’arrêtait là, nous aurions une belle nuit étoilée de juin attendant l’aube paisiblement.
Mais cette nuit n’est pas paisible du tout. Le ciel est traversé par les projecteurs de la Tour et par ceux de la défense anti-aérienne. À l’horizon, des flammes orange signalent les conséquences de bombardements. Au premier plan, dans l’ombre, des artilleurs s’activent autour d’un canon qui vient de tirer. Un peu à droite en contrebas, on devine une mitrailleuse, pointée elle aussi sur les avions ennemis.Le tirage est obtenu par l’impression successives sur papier de cinq planches de bois gravées, correspondant chacune à une couleur différente. Ici Busset saisit le moment par une gamme de bleus sombres sur lesquels claquent le jaune et l’orangé du feu de l’artillerie. La vue en contre-plongée avec une spectaculaire profondeur de champ noue un lien fort entre l’action du premier plan et ce qui se joue de dramatique dans le lointain. Ce même dialogue entre les plans associe à la même échelle l’éléphant, symbole de force, de puissance et de sagesse, avec la Tour qui est alors en passe de devenir l’emblème de Paris. Tous deux, reliés par un puissant rayon lumineux, semblent aussi participer au combat glorieux et bientôt victorieux.
Maurice Busset fait partie des nombreux artistes qui, au début du XXe siècle, ont contribué au renouveau artistique de la gravure sur bois, une technique apparue en Occident cinq siècles plus tôt.