Petits coups d'œil sur Paris 1918, Paris sous les bombes Pendant la Grande Guerre, Paris et ses environs ont reçu près d'un millier de bombes larguées par les avions allemands. C'est ce que nous montre Maurice Busset dans une série d'estampes dont celle-ci fait partie. Voir l'image originale
Ce que l'on voit Cette estampe appartient à une série de bois gravés réalisés par Maurice Busset (1879-1936) entre janvier et juin 1918. Cette feuille est conservée à la Bibliothèque historique de la ville de Paris sous la cote 2-EST-00010. Un recueil de ces estampes, intitulé Paris bombardé, au temps des Gothas et qui appartient à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand nous en donne le titre exact : Auto-canon au pied de l’éléphant du bassin du Trocadéro (nuit du 5 juin 1918).

L’artiste s’est positionné dans les jardins du Trocadéro qui dominent tout Paris. Le panorama est large, calé à gauche par la haute silhouette de l’Éléphant de Frémiet, souvenir de l’exposition universelle de 1878, et à droite par la Tour Eiffel. En contrebas, la courbe de la Seine, jalonnée par ses ponts, conduit le regard à travers la ville. On distingue Montmartre à l’horizon à gauche et le dôme des Invalides, écrasé par le Tour Eiffel. Ces quelques éléments résument Paris et campent le décor. Le reste de la ville, plongé dans l’obscurité de la nuit est esquissé en quelques traits plus ou moins épais sur de grands aplats de trois nuances de gris-bleu. Si l’on s’arrêtait là, nous aurions une belle nuit étoilée de juin attendant l’aube paisiblement.

Mais cette nuit n’est pas paisible du tout. Le ciel est traversé par les projecteurs de la Tour et par ceux de la défense anti-aérienne. À l’horizon, des flammes orange signalent les conséquences de bombardements. Au premier plan, dans l’ombre, des artilleurs s’activent autour d’un canon qui vient de tirer. Un peu à droite en contrebas, on devine une mitrailleuse, pointée elle aussi sur les avions ennemis.
L'œuvre dans son contexte Dès l'automne 1913, l'armée travaille à la mise en place du « camp retranché de Paris » pour assurer la défense de la capitale contre d'éventuelles attaques allemandes. Dans ce cadre, la DCA — pour Défense contre aéronefs — est chargée d'empêcher par tous les moyens les avions et zeppelins ennemis de survoler la région parisienne. La DCA dispose pour ce faire de moyens variés, à la fois passifs comme le camouflage par fumigènes et actifs comme l'artillerie anti-aérienne et les projecteurs. Ces moyens de défense sont considérablement renforcés et diversifiés au début de l'année 1918, alors que l'armée allemande met toutes ses forces sur son front ouest et qu'elle dispose de matériel aérien plus performant avec les fameux Gothas. Ceci étant dit, la mise en service des Pariser Kanonen, installés à 120 kilomètres de Paris, à partir de la fin du mois de mars permet aux Allemands de bombarder Paris sans craindre les défenses anti-aériennes... sauf lors de raids comme celui-ci.
L'œil et la main de l'artiste Maurice Busset, auquel nous devons cette estampe, est né à Clermont-Ferrand en 1879. Il s’est principalement illustré comme peintre et comme graveur de paysages de montagne et de scènes de la vie rurale. Pendant la Grande Guerre, il se porte volontaire pour devenir pilote d’avion et mène des missions d’observation et de photographie aérienne. Il réalise également des croquis en vol à bord d’avions de reconnaissance ou de bombardiers. Il en tire des tableaux mais aussi de nombreuses estampes publiées dans différentes revues ou rassemblées dans deux albums.

Le tirage est obtenu par l’impression successives sur papier de cinq planches de bois gravées, correspondant chacune à une couleur différente. Ici Busset saisit le moment par une gamme de bleus sombres sur lesquels claquent le jaune et l’orangé du feu de l’artillerie. La vue en contre-plongée avec une spectaculaire profondeur de champ noue un lien fort entre l’action du premier plan et ce qui se joue de dramatique dans le lointain. Ce même dialogue entre les plans associe à la même échelle l’éléphant, symbole de force, de puissance et de sagesse, avec la Tour qui est alors en passe de devenir l’emblème de Paris. Tous deux, reliés par un puissant rayon lumineux, semblent aussi participer au combat glorieux et bientôt victorieux.

Maurice Busset fait partie des nombreux artistes qui, au début du XXe siècle, ont contribué au renouveau artistique de la gravure sur bois, une technique apparue en Occident cinq siècles plus tôt.